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Le travail, moteur de l'accompagnement social

Le travail, moteur de l'accompagnement social

Aller vers les personnes à la rue pour leur proposer du travail, se présenter comme une occasion d’embauche plutôt que comme éducateur spécialisé, la mission de l’association Atoll est très singulière dans le paysage associatif.

Atoll a fait le choix d'être dans l'action, de ne pas avoir de bureau.

Que proposez-vous aux personnes que vous allez voir dans la rue ?

 

Yves Reynaud : Du temps de travail, c’est la base de notre action. L’association Atoll est née dans les années 80. Nous sommes issus d’un club de prévention spécialisée, et avons adapté les modalités de travail de la prévention spécialisée aux personnes rencontrées dans la rue. A cette époque il n’y avait pas le RMI, les personnes que nous rencontrions dans la rue n’avaient aucune ressource, c’était donc décisif. Actuellement le RSA ne suffit pas non plus à subvenir à ses besoins, la proposition de travailler a donc besoin d’être maintenue. Dans le modèle économique actuel, et dans le contexte parisien, qui concentre à la fois toutes les misères et tous les dispositifs possibles, seul le travail social propose du temps de travail aux personnes les plus précaires. D’une manière générale, l’accès aux droits et la consommation de ses droits passe toujours par une médiation sociale.

 

 

Quel type de travail proposez-vous ?

 

 

Yves Reynaud : Les activités de travail proposées sont diverses : bâtiment, espaces verts, réaménagement de logements. Il y a quelques années, l’association avait un atelier qui offrait toujours quelque chose à faire, notamment à ceux qui ne pouvaient pas travailler dans le bâtiment. Aujourd’hui l’atelier a fermé, mais les jardins partagés proposent une alternative nouvelle aux activités du bâtiment. L’association est adossée à une entreprise bénéficiaire qui lui donne accès à des chantiers.

 

 

Comment rencontrez-vous les personnes que vous suivez ?

 

 

Yves Reynaud : Par des tournées de rue. Les éducateurs vont à la rencontre des personnes sans présenter de prestations sociales. Ils proposent une rencontre et la construction d’un parcours qui ne soit pas biaisés par la prestation sociale. Nous allons voir notamment ceux qui arborent une petite pancarte précisant qu’ils cherchent du travail, en valorisant ce qu’ils font et peuvent faire. Parler travail rationalise la demande.

 

 

Comment se passe l’accompagnement ?

 

 

Yves Reynaud : Six éducateurs partagent leur temps entre la rue et les chantiers. Les éducateurs suivent les personnes pour voir ce dont elles sont capables : ils ouvrent la possibilité d’accéder à du travail. Aux personnes de s’en saisir à leur manière. L’activité salariée est considérée comme un moteur stimulant, et les éducateurs participent pleinement à cette remobilisation en étant présents avec les gens dans l’activité. Atoll a fait le choix d’être d’abord dans l’action, de ne pas avoir de bureau où recevoir les personnes suivies. Les choses se disent sur les chantiers. Nous considérons qu’un chantier est l’équivalent d’une animation dans un accueil de jour. Atoll dispose également d’un CHRS et de quelques logements éclatés, pour que les personnes suivies puissent être logées. Proposer un logement pour permettre de se stabiliser dans une activité de travail, c’est un modèle de prévention.

 

 

Combien de personnes suivez-vous ?

 

 

Yves Reynaud : 24 personnes travaillent tout au long de cette année sur des chantiers ponctuels. En nombre d’heures, cela équivaut à 2 à 3 équivalents temps plein jour par an. Notre cible, ce sont les personnes qui ont jusqu’à 10 ans de rue, nous faisons une sélection importante avant de proposer quelque chose.

 

 

Avez-vous réalisé des accompagnements qui débouchent sur des sorties du dispositif ?

 

 

Yves Reynaud : Il y a très peu de sorties positives pour les personnes de la rue, c’est-à-dire très peu de personnes qui deviennent vraiment autonomes. En moyenne c’est une sortie de cet ordre tous les 10 ans. D’une certaine manière, nous permettons plutôt aux personnes de se maintenir hors de la rue. Les questions d’hygiène, d’addiction, de problèmes psychiatriques ne sont généralement pas réglées, mais elles sont prises en charge grâce à l’accompagnement proposé en relais par d’autres collègues.