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Reportage dans un centre hiver : le CHU Vergniaud

Reportage dans un centre hiver : le CHU Vergniaud

Ouvert le 12 décembre 2016, le CHU Vergniaud accueille 59 femmes au coeur du 13ème arrondissement, à quelques pas du Refuge. La plupart ont derrière elles de longs temps de rue. 

"Les femmes isolées s’organisent une sorte de vie de famille sur le centre"

Avant d’arriver au CHU, elles passaient leurs nuits d’une porte cochère au CHAPSA, d’une chaise des urgences à une gare. « La plupart d’entre elles sont très dynamiques, explique Anne Lesueur, la directrice du Refuge qui voit ses fonctions étendues au nouveau CHU, beaucoup plus que les hommes que je connais au Refuge. À Vergniaud comme dans beaucoup de CHU femmes, il y a deux catégories de personnes hébergées : celles qui travaillent, environ 30 % d’entre elles, et les femmes plus isolées qui s’organisent une sorte de vie de famille sur le centre ».

 

Setan a 63 ans. Vers 10h le matin elle rentre de ses 3h30 de ménage aux aurores, pour repartir vers 16h, pour trois nouvelles heures. Depuis 21 ans elle travaille dans les mêmes bureaux. Mis bout à bout, les deux temps partiels lui permettent de gagner 1 250 € par mois, un salaire qui lui permettait de se payer un petit logement du côté de Barbès. Ne sachant ni lire ni écrire, Setan a malencontreusement demandé à son fils de s’occuper de payer le loyer, lui a confié son RIB sans pressentir le désastre à venir. Comment imaginer que celui-ci détournerait à son profit tout son argent ? Setan s’est faite expulser juste avant l’hiver, avec une note d’impayés de la RIVP qui s’élève désormais à près de 7 000 €.

 

Même lorsqu’elles ne travaillent pas et ne sortent pas, la plupart des femmes du centre ne restent pas inactives : pour Aïssatou et Jeanne, le tricot et le crochet permettent de s’occuper les mains et de se vider la tête. Les doigts courent sur les aiguilles en silence, la concentration manuelle exerce ses effets apaisants. Souvent des bénévoles viennent proposer des cours de français, bientôt, des ateliers gâteaux vont être organisés au Refuge où les femmes vont déjeuner et dîner, car dans le foyer l’équipement ne permet pas d’organiser des repas. « Le réfectoire du Refuge impose un temps de mixité qui me paraît bénéfique pour la plupart des femmes, précise Anne Lesueur. Leur arrivée dans la cantine a eu des effets inattendus. Les hommes se montrent galants et les dispensent de faire la queue ; nous avons assisté à des transformations lorsque nous leur avons annoncé la venue prochaine des femmes, certains ayant été se laver et se raser. »

 

L’équipe est composée de deux travailleurs sociaux. Une aide-soignante les a rejoints récemment pour intervenir sur les questions d’hygiène et de santé, faire de la prévention thérapeutique et de l’accompagnement dans les suivis VIH, en lien avec un demi-poste de psychologue.